Le carnet

Rétro-food : Pourquoi la nostalgie fait-elle vendre en 2026 ?

Quand les oeufs mimosas sont devenus glamour.

À voir les tables actuelles, on a l'impression que le monde de la gastronomie a fait une descente collective dans le grenier de nos grands-mères pour y piquer la nappe et le service de 1974. Cela se traduit aussi graphiquement avec par exemple un retour à des typographies moins minimalistes et froides, des couleurs qui semblent avoir été délavées par le soleil et des photos qui miment l’argentique. Ce phénomène du rétro-food s’inscrit dans un sujet déjà bien étudié : la nostalgie dans le marketing. Cela dit, c’est une nostalgie affranchie, qui envoie valser l'obsession du lisse.

Pour capter les tendances, il faut regarder la société. L’inverse fonctionne aussi, les tendances sont parfois passagères mais jamais anodines. Ainsi, on vous propose aujourd’hui d’examiner ce que nous dit la tendance rétro-food et pourquoi elle est intéressante à connaître pour mettre en place une stratégie de communication adaptée au secteur de la gastronomie, du vin ou de l’art de la table. 

Photographie oeufs mimosas
Oeufs mimosas version 2O26

Pourquoi le consommateur veut-il revenir en arrière ?

Parce qu’il recherche des repères dans un environnement saturé.

En 2026, ce que la tendance rétro-food semble signifier, c’est un besoin de repères, de racines. Notre société moderne va vite, hyper vite, trop vite pour nous. Le temps est comme accéléré et ce rythme frénétique n’est pas tenable.1
Et dans tout ça, la nourriture est un rendez-vous incontournable. Le consommateur ne cherche pas seulement un plat, il cherche une preuve de continuité.

Parce qu’il en a marre du trop lisse. 

La rétro-food célèbre la matière. Là où l'industrie a longtemps cherché le sans faute, la table de 2026 revendique ses croûtes de pain irrégulières et ses sauces qui débordent (avec style). Cette vulnérabilité affichée crée une proximité avec le client. La trace du geste ou la texture irrégulière sont les indices d'une présence humaine. 

Par exemple, dans le secteur du vin, depuis la fin du XIXe siècle, le monde viticole a été quelque peu obsédé par la notation.2 Aujourd'hui, le succès des vins “vivants” ou "nature" (même si la définition est parfois aléatoire, on en convient) montre que le consommateur préfère une légère déviance, une aspérité, plutôt qu'une perfection clinique. 

Pourquoi le retro-food fonctionne si bien ?

C’est assez simple : la cible est large. Sans viser le 7-77 ans, on est forcé d’admettre que, pour une fois, cette tendance met du monde autour de la table en formica. C’est un pont intergénérationnel unique qui permet de parler à tout le monde mais pas pour les même raisons. 

La nostalgie réelle 

Pour ceux qui étaient déjà là à la fin du XIXe siècle, c'est une madeleine de Proust. Ils achètent un souvenir précis : le goût du poulet rôti du dimanche ou l'odeur du café filtre. La communication doit ici jouer sur la fidélité et la reconnaissance.

La nostalgie fantasmée 

Pour ceux qui sont nés après les années 2000, ce retour aux sources n'a rien d'un pèlerinage. Ils n’étaient pas là au moment des faits. Pourtant, pour eux aussi, la nappe à carreaux et les verres en cristal sont inspirés de faits réels. Il s’agit des reliques d’un temps plus lointain qui rappelle les goûters chez mémé. 

1 Rosa, H., Renault, D., & Joignot, F. (2013). Accélération : une critique sociale du temps : suivi d’un entretien avec l’auteur. La Découverte.

2 Fernandez, J-L., (2004). La critique vinicole en France: pouvoir de prescription et construction de la confiance. L'Harmattan.

Un exemple signé tout le gratin

L’enjeu du rétro-food, c’est de gérer le choc des époques. Par exemple, comment produire un Réel et y intégrer une identité visuelle de 1960? 

Nous nous sommes essayées à l’exercice pour la campagne de la cuvée Petite Arvine. Le défi était de capturer la vibration inspirée de l’esthétique Wes Anderson dans un format vertical de 20 secondes. 

On a surtout joué avec les matières : faire briller l'éclat des verres en cristal et la patine des plats en inox sur un fond vert années 70 saturé.

Photographie vin blanc et étiquette illustrée
Extrait du décors mis en place pour la campagne "Petite Arvine"

....................................................................................................................................

nos projets