Le carnet

Chou Business : Pourquoi les photographes culinaires ne racontent pas que des salades ?

Le chou a quitté le potager pour gagner les studios photo. Ce n'est pas tout le gratin qui vous le dit, mais le rapport Pinterest pour les tendances 2026. Nous on est là pour analyser cette tendance et la replacer dans les obsessions sociales du moment. 

En effet, cet anoblissement du chou n’est, une fois encore, pas anodin. Le fait de mettre en valeur un objet tout à fait banal n’est pas seulement un jeu créatif, c’est une information sur notre société. Voilà une première piste d'interprétation du phénomène de chou-star. La deuxième tient aux nouvelles habitudes de consommations alimentaires. Depuis au moins une décennie déjà, la cuisine se végétalise et le chou s’invite donc parfaitement dans cette tendance. Enfin, si le chou, plus qu’un autre légume est devenu VIP, c’est parce qu’il a des atouts physiques indéniables. 

Pourquoi vouloir mettre le chou en valeur en 2026 ?  

L’histoire du légume (rien que ça) est celle d’une ascension sociale.1 A l’époque médiévale, il est réservé au peuple, tandis que l’élite ne jure que par la viande. Le vent tourne à partir du XVIe siècle. Sous l'influence de l'Italie et des découvertes d'Amérique, le légume devient exotique, raffiné et sophistiqué. Il quitte la boue pour les jardins d’apparat et devient un marqueur de distinction pour la noblesse. Au XIXe siècle, sa réputation s’adoucit encore et il devient synonyme de santé, de légèreté et de pureté. Ce n’est plus seulement un aliment, c’est un symbole de délicatesse. En résumé, la perception du légume évolue et ce petit contexte historique est là pour rappeler que même l’aliment le plus banal est un témoin social. 

Aujourd’hui, le légume a plutôt la côte. Le terme de cuisine végétale prend de plus en plus de place, y compris dans les restaurants ayant de la viande à la carte. 

Bon, et alors pourquoi vouloir mettre le chou en valeur en 2026? 

Quand on met en scène un chou sur Instagram, qu'on raconte son histoire, qu'on le relie au terroir, il s’agit de lui redonner une dimension poétique, mémorielle. Et c’est comme un acte de réenchantement face à la standardisation industrielle. Ce concept, on l’emprunte à un sociologue : Max Weber. Avec son concept de “désenchantement du monde” 2, Max Weber expliquait qu'en devenant moderne, notre société a chassé le mystère et la magie au profit de la science et du calcul. On a tout expliqué, tout mesuré, tout rentabilisé. C'est le passage d'un monde poétique à un monde plus froid, dirigé par l'efficacité économique.

Cette tendance "Chou Business" sonne comme une tentative de réintroduire un peu de nature brute dans un monde un peu trop calculé. 

Pourquoi le chou nous réenchanterait-t-il ?

En plus, le chou se prête parfaitement à l’exercice de la photographie. En effet, puisqu’on parle d’esthétique, l'argument visuel compte. Le chou c’est un légume avec des reliefs, de la matière. C’est donc un des légumes qui accroche le mieux la lumière et donne de la profondeur à une mise en scène. Les couleurs du chou, qu’il soit dans les verts ou plutôt pourpre, se marient bien avec les robes du vin. Sur une composition de table, le chou a aussi l’avantage de prendre de la place. Si le chou est intéressant à photographier dans sa version brute, il l’est tout aussi quand il est cuisiné. 

1 Michel, D. (2003). Au fil des siècles : légumes méprisés, légumes anoblis. Champ psychosomatique, no 29(1), 123-132.

2 Weber, M. (1904). L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme.

Le shooting trop chou de tout le gratin.

Chouting

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